La coureuse la plus décorée de l’histoire des Citadins termine un doctorat sur les mouvements sociaux autochtones.
Elisa Tripotin a conclu sa carrière sportive universitaire de brillante façon en remportant une médaille d’argent au Championnat provincial d’athlétisme cet hiver. Au cours des cinq dernières saisons, la doctorante en sociologie a accumulé les honneurs tant en cross-country qu’en athlétisme, s’imposant comme l’athlète la plus décorée de l’histoire des Citadins.
La jeune femme de 27 ans a remporté des dizaines de médailles, a fait partie des équipes d’étoiles du Québec cinq fois et du Canada à deux autres occasions, et a été élue athlète féminine par excellence des Citadins deux années de suite. En 2024, elle est devenue la première athlète de l’UQAM à remporter le Championnat provincial de cross-country. Elle a également terminé deux fois dans le top 10 aux Championnats canadiens.
«Je ne savais même pas que j’allais faire du sport de haut niveau quand je suis arrivée à l’UQAM, raconte l’étudiante. Tout ce que j’ai vécu avec les Citadins au cours des cinq dernières saisons, c’est un beau bonus qui s’est ajouté à mon parcours doctoral.»
Réalités autochtones
Originaire de Leimbach, une commune française située en Alsace, Elisa Tripotin a mis les pieds au Canada pour la première fois en 2017, lors d’un échange étudiant d’un an à l’Université de Winnipeg. «C’est à Winnipeg que j’ai découvert les réalités autochtones, se remémore-t-elle. J’étais choquée de constater les inégalités subies par les Premières Nations, Métis et Inuit.»
Après avoir fait un baccalauréat et une maîtrise à Sciences Po Grenoble – son mémoire portait sur les femmes autochtones disparues ou assassinées – Elisa Tripotin choisit l’UQAM pour son doctorat, en cotutelle avec l’Université Grenoble Alpes. Sa thèse, qui porte sur l’activisme autochtone urbain et le renouveau des engagements militants, est réalisée sous la direction de Leila Inksetter, professeure au Département d’histoire spécialisée en histoire autochtone. «Ma recherche centre les voix des acteurs et actrices autochtones, explique-t-elle. J’ai aussi organisé des conférences avec des leaders autochtones.»
En parallèle à ses études, elle donne depuis quelques trimestres un cours de premier cycle sur les réalités sociales des peuples autochtones au Québec et au Canada. Membre du Groupe de recherche interdisciplinaire sur les affirmations autochtones contemporaines, dirigé par le professeur du Département d’histoire de l’art Jean-Philippe Uzel, elle a aussi donné des formations dans le cadre d’une école d’été pour les leaders autochtones.
Intégration sociale et esprit d’équipe
Elisa Tripotin pratique l’athlétisme depuis son enfance, sous l’impulsion de son père, entraîneur sportif. Elle a même participé aux Championnats de France d’athlétisme pour les moins de 23 ans.
À son arrivée à l’UQAM, la doctorante signale son intérêt pour faire partie de l’équipe de cross-country et est invitée à prendre part à un entraînement. «Deux semaines plus tard, je participais à ma première compétition sur le mont Royal!», se rappelle-t-elle.
Très vite, la complicité s’installe avec ses coéquipières et avec l’entraîneur-chef, Dorys Langlois. «Me joindre à l’équipe a joué pour beaucoup dans mon intégration sociale, raconte la coureuse. Mes coéquipières sont devenues mes meilleures amies, on se tirait constamment vers le haut.»
Suivant les conseils de son entraîneur, elle double son volume d’entraînement, ce qui améliore ses performances de façon fulgurante. Dès sa deuxième saison, elle monte régulièrement sur le podium et devient une vedette chez les Citadins. Mais ses succès ne lui font pas perdre son esprit d’équipe. Elle se réjouit autant des améliorations de ses camarades de milieu de peloton que de ses propres performances. «L’ambiance au sein de l’équipe a été vraiment spéciale durant mes cinq années avec les Citadins, souligne la coureuse. Même avec mes rivales d’autres universités, nos interactions étaient toujours axées sur le plaisir.»
Afin de la soutenir dans ses études et son sport, Elisa Tripotin a obtenu à plusieurs reprises la bourse Jenny-Desrochers, décernée aux membres de l’équipe de cross-country et d’athlétisme qui se distinguent par l’excellence de leur dossier académique et athlétique. Elle a également remporté la bourse Alexis-Ascah, réservée aux athlètes élites amateurs de niveau national ou international, ainsi que la bourse du Fonds interculturel Antje-Bettin pour son engagement dans le rapprochement interculturel avec les peuples autochtones.
Retour en France
Elisa Tripotin participe présentement à un camp d’entraînement en altitude en Arizona avec des athlètes d’élite des quatre coins du Québec, dont l’olympien Jean-Simon Desgagnés. Après ce camp, elle rentrera en France pour terminer sa thèse doctorale, qu’elle souhaite déposer dans la prochaine année. Elle se consacrera aussi au steeple, une course de demi-fond avec barrières se déroulant sur une piste d’athlétisme. L’athlète a terminé en 6e position aux Championnats de France et 7e à la qualification olympique il y a deux ans.
Sur le plan professionnel, elle rêve de devenir professeure dans une université française. «La France refuse de reconnaître les peuples autochtones dans ses territoires outre-mer, comme la Guyane, par exemple, déplore Elisa Tripotin. Je crois qu’il y a un besoin de développer des études décoloniales dans mon pays.»
Même après son départ, Elisa Tripotin laissera une empreinte durable sur les Citadins. «Par son palmarès, sa constance et son leadership, elle aura contribué à positionner l’équipe parmi les programmes compétitifs du circuit universitaire québécois, souligne l’entraîneur-adjoint de l’équipe de cross-country et d’athlétisme, Arnaud Francioni. Son parcours témoigne parfaitement des valeurs du programme: l’excellence sportive, l’engagement académique et l’esprit d’équipe.»
Photo: Nathalie St-Pierre